jeudi 29 septembre 2022 11:20

« Migration et sciences sociales »

mardi, 07 juin 2022

Le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) a organisé, lundi 6 juin 2022, une table-ronde sur le thème « Migration et sciences sociales ». Abdelkarim Marzouk, docteur en géographie de Clark University, Massachusetts (USA) et professeur à l’Université Al Akhawayn, Ahmed Cherak, professeur de sociologie à l’Université de Fès et Jamal Boutayab, professeur d’anthropologie à la même université, ont animé cette conférence modérée par le professeur et sociologue Abderrahim El Atri.

 Pour Abdelkarim Marzouk, l’approche géographique de la migration est incontournable, puisque la « géographie est une science humaine et l’humain est l’élément vivant de toute migration ».

Cette approche revêt deux dimensions. On parle de géographie quantitative, prenant en compte la migration en tant que charge, en tant que distance à calculer, et la géographie d’un point de vue social (focus group), qui étudie l’environnement familiale et les relations en société.

Dans son exposé, le géographe s’est principalement intéressé à la migration de retour faisant l’objet de plusieurs études, notamment dans la région de l’Oriental, qui restent désormais insuffisantes. Des études qui qualifient le migrant en retour, retraité ou autre, d’un investisseur, qui revient à son pays d’origine avec un capital cumulé dans les pays d’accueil.
La cité, qui sont presque des casernes, pour des individus qui migrent sans leurs familles. Il y a une histoire qui n’est pas actée actuellement

Des débuts de la migration contemporaine au Maroc se situent un peu avant l’indépendance, « une migration de parcours ». On désigne à cette époque une migration interne au sein du Maroc et externe vers l’étranger.

Si la migration d’un milieu rural à la ville a été auparavant entreprise pour de meilleures conditions de vie, aujourd’hui une nouvelle forme de migration élitiste s’installe de la ville vers les milieux ruraux, entreprise par des individus financièrement aisés voulant d’éloigner des agglomérations pour plus de tranquillité.

Pour ce qui est de la migration vers l’étranger, il s’agissait depuis peu après l’indépendance d’une migration premier degré vers l’Europe, purement économique, non sélective. Si l’on reconnaît des groupes sociologiques dans les pays d’accueil par leurs régions d’appartenance au Maroc, c’est parce que les premiers groupes, issus de ces régions, avaient entrepris le premier voyage vers ces destinations et constitué un noyau dur qui a fonctionné comme un aimant. Les premières familles en ont accueilli d’autres et ainsi de suite.

« La région d’origine des migrants d’Italie est par exemple Fquih Ben Saleh, ceux du Rif sont principalement issus de Belgique et de Hollande et plus de 90% des migrants issus de Figuig sont partis en France ». Les Marocains du monde étant principalement concentrés en Europe, peu d’entre eux sont partis aux Etats-Unis en raison de l’obstacle de la langue et de la non proximité géographique, en plus d’être une migration sélective.

Pour sa part, Ahmed Cherak explique que le traitement classique de la migration a été dépassé en raison des profondes et rapides mutations qu’elle a connu.

Les nouveaux parcours migratoires posent différentes questions du point de vue sociologique et culturel, et interpelle les notions de l’identité et de l’universalisme. Les concepts de l’insertion et de l’intégration sont de plus en plus dilués au vu de l’interaction positive entre les cultures d’accueil et d’origine, qui s’opère de plus en plus facilement, car les débats dans les deux rives sont de plus en plus communs, notamment quant aux libertés individuelles.

A voir cette migration du corps, entreprises récemment par des groupes de jeunes en vue d’une meilleure acceptation de leurs besoin en liberté individuelle, on peut se demander si l’on a encore besoin de migrer avec la nouvelle dépendance aux réseaux sociaux. On parle aussi de migration d’idées, une migration du « moi » vers le monde du savoir.

Quant à l’anthropologie Jamal Boutayab, il s’est demandé si les dictionnaires sont toujours utiles pour appréhender l’étymologie de la migration à l’ombre des mutations profondes qu’elle a connu.

Si l’on définissait la migration par le déplacement d’un endroit à un autre, aujourd’hui ce déplacement peut revêtir plusieurs formes. On parle de la migration numérique ou de la migration linguistique, où l’on arrive à produire une littérature dans les langues d’accueil à partir des pays d’origine.

« L’observation des discours et des signes produits par la migration, du point de vue sémiologique, nous permet de mesurer son évolution », rappelant à cet effet que depuis 10 ans, le CCME a publié un ouvrage sur l’anthologie de la migration à partir des textes de littérature.

D’un autre point de vue, le suivi des parcours peut nous renseigner sur les évolutions migratoires.

« Nous devons être capable de constituer un échantillon qui a entrepris un parcours migratoire depuis les années 70, qui a pu travailler, qui a constitué un capital, qui a entrepris une migration de retour, réussi un projet, puis migré à l’intérieur du Maroc pour agrandir ce projet, puis celui d’un parcours qui a échoué, qui ne s’est pas intégré, qui est peut être devenu criminel… ».

CCME

SG au JT de 2m: spécial programmation de la journée internationale des migrants

Les entretiens du symposium

Actualités

Google+ Google+